
Depuis près de vingt-cinq ans, Rozenn Alapetite développe une œuvre singulière à la croisée de la mosaïque, de la sculpture et de la matière. Formée à la mosaïque après un baccalauréat artistique, elle fait ses premiers pas sur des chantiers de décoration de sols et de murs avant de se consacrer à la création d’objets d’art puis à son propre travail d’atelier. Très tôt, elle s’empare de cet art ancestral pour en déplacer les frontières et construire un langage plastique personnel.
Au cœur de sa démarche, trois matériaux dialoguent : le verre, le ciment et, plus récemment, l’ardoise taillée. À partir des outils et des gestes de la mosaïque traditionnelle, Rozenn Alapetite inverse peu à peu les proportions : le ciment, d’abord simple matière de finition, devient un élément central de la composition, tandis que le verre intervient désormais par touches, pour accrocher la lumière et faire vibrer la surface. Ses œuvres naissent de cette tension entre mat et brillant, entre rugosité minérale et éclat du verre.
Dans son atelier, tableaux, sculptures et compositions murales prennent forme au fil d’un patient travail d’assemblage, de creusement, de stratification et d’incrustation. Chaque pièce explore les ressources du relief, de la texture et de la lumière. Le regard n’y demeure jamais fixe : à mesure que le spectateur se déplace, la surface s’anime, les reflets se déplacent, les contrastes se modulent. Une vibration subtile traverse alors l’œuvre, comme si la matière répondait à la présence.
Depuis quelques années, l’ardoise est venue enrichir cet univers. Cette matière, elle aussi liée à l’histoire de la mosaïque, confère à ses dernières collections une dimension plus tellurique. Rozenn Alapetite y évoque les mouvements lents et puissants des plaques tectoniques, soulignés par l’usage d’un pigment d’oxyde noir qui accentue les effets de roche, de faille et de déplacement.
Exposée dans de nombreux salons et galeries, l’artiste transmet également son savoir-faire à travers des formations dispensées auprès d’écoles de métiers d’art. Son travail poursuit ainsi un double mouvement, celui d’une recherche plastique en constante évolution, et celui d’une fidélité aux matériaux, à leur mémoire, à leur pouvoir de transformation par la lumière.